Biographie

Une vie musicale intense

Julien-François Zbinden est un des compositeurs suisses contemporains dont les oeuvres sont jouées dans le monde entier.

Biographie par Claude Tappolet, Editions Georg

Julien-François Zbinden est né le 11 novembre 1917 à Rolle (Vaud/Suisse). Après avoir étudié le piano et, subsidiairement le chant et le violon, il débute, en 1938, dans la carrière musicale comme pianiste d’orchestre, ayant été très jeune passionné de musique de jazz. Il s’est initié à la composition pour ainsi dire en autodidacte.

Dès 1947, il travaille au département musical de la Radio Suisse Romande en y obtenant rapidement des postes de hautes responsabilités. Président de l’Association des Musiciens suisses (1973-1979) et, de 1987 à 1991, de SUISA (Société suisse des droits d’auteurs), il n’a cessé, sa vie durant, de composer.

Son catalogue comprend plus d’une centaine d’oeuvres (opéra, oratorio, symphonies, concertos, musiques chorales, oeuvres radiophoniques, musiques de scène et de film) dont plusieurs lui ont valu des distinctions internationales.

Julien-François Zbinden est un des compositeurs suisses contemporains dont les oeuvres sont jouées dans le monde entier. Nombreuses aussi sont ses oeuvres enregistrées.

La découverte de la musique de jazz dans le début des années 30 joua un rôle déterminant dans la vie professionnelle de JFZ.

Pierre Dudan (1916-1984)

"La découverte de la musique de jazz dans le début des années 30 joua un rôle déterminant dans la vie professionnelle de JFZ. La radio – encore en fraîche jeunesse – lui révéla le génie de Louis Armstrong. Les enregistrements 78 tours prirent rapidement le relais lui permettant de connaître les grands pianistes Earl Hines, Teddy Wilson et Art Tatum, qui guidèrent ses premières tentatives au clavier. En compagnie de son ami Pierre Dudan – qui devint auteur et compositeur de chansons connu – ils découvrent avec passion Duke Ellington, Benny Goodman et Count Basie. Ils forment un petit ensemble, The Hot Black Boys, où Dudan (à la batterie) et lui (au piano) purent développer la pratique d'un jazz encore très sommaire.

Les aptitudes de JFZ en ce domaine progressèrent assez rapidement au point qu'en 1936, il prit part à un set avec le célèbre saxophoniste noir Coleman Hawkins à Genève. En 1937, ce fut un autre à Paris avec le Quintette du Hot Club de France. Son Brevet d'enseignement de l'Ecole Normale du Canton de Vaud en poche, il était prêt à entreprendre une carrière de pianiste de jazz et de variétés. Ainsi, de 1938 à 1947, il exerça cette profession dans les principales villes de Suisse autant que dans les stations touristiques importantes. Le temps de guerre ne lui permit pas de jouer à l'étranger.

C'est donc à la musique de jazz qu'il dut d'être engagé à Radio-Lausanne en 1947 comme pianiste à tout faire, puis comme régisseur musical. Il termina sa carrière radiophonique en qualité de Chef-adjoint des Emissions musicale de la Radio-Télévision Suisse Romande. Notons encore qu'il fut juré permanent, de 1958 à 1978, de la célèbre émission Discanalyse. 

Tout au long de son existence, JFZ n'a cessé de pratiquer journellement l'improvisation et aujourd'hui encore, il maintient et améliore son jeu, jouissant du privilège, peu courant à son âge, de disposer de l'intégrité de ses aptitudes digitales.

Deux rencontres ont été importantes : Dès la huitantaine, celle d'Yvan Ischer, producteur et responsable des émissions de jazz à la Radio Suisse Romande, au demeurant remarquable saxophoniste, dont l'amitié lui vaudra une reprise de contact avec les musiciens de jazz professionnels actuels, et qui, par deux fois, organisera la réalisation de deux albums CD : It's The Talk Of The Town en trio et Last Call…? en solo. Et dès le début du 21e siècle, celle d'Alain Gerber, éminent écrivain et grand critique et producteur de jazz à Radio-France, avec lequel JFZ continue d'entretenir une importante correspondance."

JFZ a toujours aimé écrire, preuve en est l'abondante correspondance qu'il entretient encore la nonantaine largement dépassée.

à Tu et à Toi, paru aux Editions de l'Aire, Vevey

Les écoles primaires des années 20 comportaient un enseignement efficace de la langue française, mais c'est au cours des quatre années (1934-1938) où il fut élève à l'Ecole Normale du Canton de Vaud sise à Lausanne que le compositeur développa son goût pour la littérature. Très tôt, au contact d'amis du Collège classique (dont le futur chansonnier Pierre Dudan), il se familiarisa surtout avec l'œuvre de poètes tels que Baudelaire, Verlaine, Rimbaud. L'un des écrivains qui eut une influence majeure fut André Gide, véritable porte-drapeau de toute la jeunesse de cette époque, surtout après la parution des célébrissimes Nourritures terrestres. JFZ s'offrit le plaisir de lire l'œuvre entier de cet auteur.

À côté d'intégrales d'œuvres philosophiques telles que celles d'un Teilhard de Chardin, S.-U. Zanne, ou Hermann de Keyserling, le compositeur accorda une place de choix à celles de l'écrivain Suisse romand Edmond Gilliard, dont il apprécie non seulement la rigoureuse beauté de l'écriture, mais encore l'originalité et la nouveauté de la pensée. JFZ n'avait pas 20 ans quand Gilliard devint, au-delà même du magistral écrivain, un maître à penser dont la profonde réflexion n'a cessé de l'habiter.

JFZ a toujours aimé écrire, preuve en est l'abondante correspondance qu'il entretient encore la nonantaine largement dépassée. Et aussi un goût inné de la discipline : celle du piano, puis de l'aviation, et bien évidemment celle de l'écriture. Le moindre billet anodin requiert de sa part une totale rigueur de rédaction. Au long de sa vie, il a noté des pensées, sous forme de journal, puis de feuillets épars qu'il conserva à côté de nombreux poèmes dont à peine une vingtaine survécut à sa critique. En pensant que tout cela pourrait servir un jour.

Ce jour arriva très tard puisque la mise en chantier de l'ouvrage à Tu et à Toi date de 2009, le compositeur ayant atteint 92 ans. Pourquoi si tard et pourquoi ce titre ?

Si tard parce que la nécessité de cette œuvre a surgi précisément en raison de l'âge avancé du compositeur d'une part, et d'autre part du fait que retraité depuis 1982, il jouissait de la totalité de son temps. Il explique sa motivation dans la présentation de l'ouvrage paru aux Editions de l'Aire à Vevey (CH) en 2012 : J'ai éprouvé, en fin d'une vie avec laquelle je dialogue toujours avec passion, le besoin d'offrir quelques reflets de ma pensée et quelques images de mon existence, parce que la somme de ses œuvres musicales révèle ce que je sens, mais nullement qui je suis. 

Ce livre, écrit avec beaucoup de tendresse,-se présente sous la forme d'un dialogue imaginaire entrecoupé de  24 Autrefois, tableautins d’événements qui l'ont particulièrement marqué.

Quant au titre, il se veut l'expression de l'importance vitale accordée à l'Autre et à l'Amitié.

Extrait

[...] Il y a un plaisir délicieusement coupable à rester couché alors que le jour, lui, est obligé de se lever pour accomplir son devoir matinal et magistral de résurrection du soleil.

Il est temps, un jour de plus, de naître au monde et de savourer les promesses de l'aube. Le jour qui commence t'offre la joie de faire ce que tu n'as pas fait, par négligence, par impuissance, par absence de courage, peu importe. L'aube n'a que faire de tes explications, qui, le plus souvent, ne valent pas grand-chose. Ne trouves-tu pas prodigieuse cette remise à zéro ? On efface tout et on recommence ? On a le devoir de mériter cette faveur.

Alors, en marche ! Et persuadé que si tu ne vas pas vers les autres – en pensée ou en acte – tu n'es personne. [...]

En 2017, à l'occasion du centenaire de l'auteur, les Editions de l'Aire ont publié un second ouvrage - de Vous à Moi - adoptant la même systématique que le premier, les Autrefois remplacés par 12 Jadis. JFZ y instaure une conversation imaginaire avec une femme. Le livre se termine par 38 poèmes. À noter que  les deux volumes conservent une totale indépendance.

Extrait

Toutes les plaies se referment. Mais il y a celles qui laissent une cicatrice, signatures des malheurs qui vous étaient probablement nécessaires, pour autant qu'on puisse être convaincu que la mort n'est pas la fin.